La Pratique Du Droit | Comment Exploiter Les Technologies Web 2.0?

Dans l’article “A to Z: 26 trends for the legal profession“, à être publié dans la prochaine édition du National de l’Association du Barreau Canadien, 26 tendances affectant présentement la profession juridique sont examinées par Jordan Furlong et Mélanie Raymond. Plusieurs de ces tendances sont directement reliées au phénomène web 2.0.

Les auteurs remarquent avec justesse, à la fin de leur article, que ces tendances ne sont ni hypothétiques, ni futuristes: ces tendances se concrétisent maintenant, à chaque jour, qu’il s’agissent de juges qui bloguent, de savoir juridique qui se “wikéfie” (wikéfier. verbe. de l’anglais “wiki”, ou “wikify”) – voir Wex et WikiLaw, d’avocats analysant l’impact des wikis – blogues – fils RSS et autres technologies sur la profession, et même de l’Université Harvard qui a déjà mené une conférence sur le phénomène juridico-blogique…

Les cabinets d’avocats devraient-ils tenter d’exploiter ce phénomène et les nouvelles technologies s’y rattachant? Je suggère ci-après quelques pistes de réflexion sur ce sujet.

Premièrement, il est utile de comprendre le fameux phénomène web 2.0. Web 2.0 ne s’agit pas d’un mouvement technologique, mais social. Web 2.0 représente un ensemble de nouvelles façons pour les internautes d’utiliser Internet de façon beaucoup plus interactive. L’internaute peut dorénavant publier régulièrement et facilement (les blogues), il peut modifier facilement une foule de pages internet inter-reliées (wiki), il peut recevoir le contenu de ses sites favoris dans un seul lecteur de nouvelles (fils RSS et agrégateur de nouvelles), et ainsi de suite…

Ces nouvelles pratiques entraînent:

  • Des changement importants des modèles d’affaires des compagnies opérant dans le domaine virtuel;
  • Des changement fondamentaux dans la création, la gestion, la diffusion, la catégorisation, le repérage, la gestion et l’archivage de l’information – incluant aussi l’information juridique;
  • Une migration des logiciels vers l’internet (voir l’article “Software as a Service” de Wikipedia) – par exemple, AjaxWrite disponible en ligne qui reproduit assez fidèlement l’interface de Microsoft Word). Voir aussi la rubrique “Ajax’s Disruptive Influences” dans cet article de Dion Hinchcliffe;
  • Des possibilités intéressantes concernant le déploiement de communautés virtuelles, fondées sur des principes éprouvés “d’architecture de participation”. Il faut comprendre cette dernière expression comme un moyen de promouvoir une expérience virtuelle stimulante, qui encourage les gens à participer sur le web.

Un cabinet d’avocats peut tirer des bénéfices appréciables du pénomène web 2.0, si l’analyse suivante est complétée:

  1. Tous les cabinets juridiques obéissent à la même logique en matière d’organisation de l’information. Celle-ci est généralement divisé en trois domaines:
    • Les dossiers des clients, typiquement organisés par client, puis par dossier (“client / matter”);
    • L’information de référence, incluant tout document ayant caractère de précédent (“material of precedential value”), représentant l’information juridique collective du cabinet; et
    • L’information administrative – finances, ressources humaines, etc.
  2. En prenant pour acquis que le cabinet gère de façon optimale ses dossiers clients et ses dossiers administratifs, c’est dans le domaine de l’information de référence que les technologies web 2.0 peuvent avoir l’impact le plus positif.
  3. Le cabinet est-il organisé en domaines de pratique (“practice groups”)? S’il ne l’est pas, c’est à faire… Voir les arguments à cet effet sous la lettre “P”, dans l’article A to Z: 26 trends for the legal profession.
  4. Pour chaque domaine de pratique, le degré d’efforts à déployer pour créer un environnement d’information soutenant la pratique du droit est fonction des facteurs suivants:
    • Complexité. S’agit-il d’un domaine exigeant régulièrement des recherches fouillées et que l’exercice est laborieux à chaque fois, puisque le domaine est spécialisé (e.g. propriété intellectuelle et brevets); ou s’agit-il d’un domaine à haut volume (e.g. droit criminel en première instance pour les infraction mineures) – où l’avocat possède généralement et subjectivement toutes les connaissances voulues pour exécuter son mandat? Dans le premier cas, le cabinet a tout avantage à favoriser un environnement dans lequel le partage du savoir subjectif est encouragé, facile et récompensé. Dans le dernier cas, il n’est pas avantageux de déployer des outils de collaboration. Un simple registre d’expertise peu satisfaire les exigences minimales de gestion du savoir.
    • Accès. Les avocats ont-ils un accès libre et facile à des sources d’information juridique afférente à leur champ de pratique (e.g. Lexis-Nexis, doctrine)? Dans la mesure où ces sources sont satisfaisantes, le besoin de déployer un environnement de partage d’information de référence est moins grand. Dans le cas contraire, un environnement où l’information juridique spécialisée est facilement repérable à l’interne procurera un avantage compétitif réel au cabinet.
    • Nombre d’avocats. Le domaine de pratique est représenté par combien d’avocats? S’il y a seulement quelques avocats et qu’ils sont colocalisés, la “gestion du savoir” se fait et continuera de se faire par osmose, au gré de la pratique quotidienne; s’il s’agit d’une pratique nationale, un environnement optimisé pour le partage d’information de référence soutiendra efficacement la gestion du savoir dans ce champ de pratique.

En donnant en exemple ces quatre étapes, j’espère transmettre le message suivant: avant de mettre un place un effort concerté visant à déployer de nouvelles capacités de technologies d’information, il est essentiel de poser et répondre à plusieurs questions fondamentales et de clairement visualiser la situation avant et après cet effort concerté.

Une fois cette vision clairement établie, chaque milieu, chaque cabinet aura une façon différente de procéder – par exemple, dans un milieu gouvernemental où il y a beaucoup d’avocats:

  • Plusieurs directives de gestion d’information peuvent être nécessaires (exemple);
  • Plusieurs facettes du cabinet peuvent être à revoir (exemple) – incluant la gestion des renseignements consignés (exemple);
  • Plusieurs technologies d’information peuvent être nécessaires (exemple);
  • Et bien sûr, un plan doit être élaboré, communiqué

La clef de la réussite, dans ce domaine, consiste à définir avec soin l’environnement d’information optimal en fonction des facteurs énoncés ci-haut; à doser les efforts consacrés en fonction des bénéfices espérés et, surtout; faire en sorte que ce nouvel environnement d’information soit utile et apprécié par les utilisateurs finaux: les avocats!

[article aussi publié sur Information Management Now]

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