Endémie de Plagiat

J’en suis désolé, mais ceci n’est pas vraiment un sujet d’été. Ce mois-ci seulement, j’ai eu à traiter 2 cas de plagiat. Si j’ajoute la récente lecture du papier de R. F. Boisvert et M. J. Irwin “Plagiarism on the Rise” dans la revue Communications of the ACM de juin 2006, page 23, je crois savoir que ce phénomène n’est pas isolé.

En fait, c’est assez simple, j’ai généralement un ou plusieurs cas de plagiat à chaque session. Pire en 2002, avant que je fasse mon laïus de 20 minutes lors de chaque première séance de cours, j’ai même eu un record de 10 cas sur 25 étudiants (à des degrés divers).

Certes, les cas grossiers sont assez rares. Parmi ceux-ci, j’ai notamment corrigé deux travaux intégralement copiés, de la première à la dernière ligne, dont un concernant un article disponible sur une banque de données payante que j’ai trouvé après une vingtaine d’heures d’investigation. Un autre, fascinant d’innocence, a même plagié l’un de mes textes.

Généralement, le plagiat se traduit plutôt par du recopiage partiel et s’illustre notamment ainsi:

– faire du copier-coller sans indiquer la source;
– faire du copie-coller en indiquant la source à la fin d’un paragraphe, mais sans guillemets, donnant ainsi l’impression que le texte est sien;
– traduire un texte d’une autre langue (contravention particulièrement difficile à déceler quand le texte copié est dans une autre langue que le français ou l’anglais);
– utiliser un même travail pour plusieurs cours (conformément, par exemple, au règlement applicable à l’Université de Montréal (voir article 1.2 j))).

Sans parler d’illégalité, il y a aussi des comportements plus incidieux qui sont moralement difficiles à accepter. Ainsi, l’on trouve souvent des auteurs reprendre les références cités par d’autres, sans utiliser le « cité par » qui ne manque pourtant pas d’élégance.

Mais relativement au plagiat, que faire? Le légaliser au même titre que certains considérent que le dopage devrait être légalisé afin qu’il soit mieux contrôlé? Sans doute pas!

responsabiliser les Universités qui se doivent de mettre davantage l’accent sur ce fléau, autrement que par un règlement peu fouillé, peu précis quant aux exemples infractions en cause. Ces règlements doivent être plus visibles, plus connus, et, pourquoi pas, il serait intéressant de publier, même en gardant l’anonymat des personnes sanctionnées, les sanctions que les comités {ad hoc} rendent régulièrement. Quant à la substance des règlements, il m’apparaît important que l’infraction soit indépendante de l’existence d’une {mens rea}, le plagiat étant une question de fait et non d’intention.

responsabiliser les professeurs qui bien sûr doivent faire preuve de diligence relativement à la chasse aux copieurs. Mais au-delà de ce devoir, il m’apparaît que le professeur serait déligent d’avertir la personne copiée que son « oeuvre », au regard de la Loi sur le droit d’auteur, a été reproduite sans son autorisation. Car le plagiat est aussi une infraction à cette loi, avec d’autres sanctions, notamment économiques.

responsabiliser les contrevenants qui doivent apprécier la portée de leur acte. Je ne sais comment cela pourrait se concrétiser pour des travaux remis à un professeur, mais le Code d’éthique de l’ACM précitée, oblige, dans un document s’intitulant “ACM Policy and Procedures on Plagiarism”, que

“the authors will be asked to write a formal letter of apology to the authors of the plagiarized paper, including an admission of the plagiarism.”

Le plagiat est assurément une illustration supplémentaire de la difficulté de trouver des solutions nouvelles face à l’efficacité sans précédents de la technologie. Pourquoi pas une telle procédure pour slaw.ca?

Comments

  1. One thing that your students must surely recognize Vincent, is that if they hope to practice in a profession, this sort of behaviour will be poison to their futures.

    I sense that a couple of years ago, the hope was that technology would offer matching tools to weed out plagiarism, but I suspect only the grosser and more obvious forms would ever be found in that way.

  2. Actually, I’ve also had the experience of chasing down what I thought must be plagiarism “…this language is too good for a student to have written…” What I found was surprising: the judgement, the digest, the articles all used similar language on the point. None of it, including the student’s, was verbatim, but all of it was very close. I felt I could not fairly penalize the student for what seemed common practice at the professional level.