L’équivalent De Dell Et Rogers Aux États-Unis: L’affaire County Bank of Rehoboth

Le 09 août dernier a été jugée par la Supreme Court of New Jersey l’affaire Jaliyah Muhammad v. County Bank of Rehoboth. Comme les affaires Dell et Rogers, que nous avons commenté à plusieurs reprises ici et , et encore là), et qui, soit dit en passant, seront entendues par la Cour suprême) (la notre) respectivement le 13 et le 14 décembre 2006, il s’agit d’une broutille, d’un presque rien, une «coquetterie juridique» sur le plan de l’enjeu financier, qui a pourtant pour effet de faire avancer le droit sur la délicate question de la compatibilité entre arbitrage et recours collectif. Et des liens, ainsi que des distances, avec notre droit peuvent sans doute être proposés.

Par une décision marquée de 5 juges contre 1 seul, il a donc été décidé qu’un arbitrage relatif à un contrat de prêts de 200$ (certes renouvelé) ne pouvait avoir pour effet d’empêcher un recours collectif, et ce, justement à cause de la petitesse de l’enjeu en cause. En effet, dans cette affaire, une clause compromissoire visait à expressément interdire le recours au recours collectif.

Les juges majoritaires se basent principalement sur l’arrêt Rudbart v. North Jersey District Water Supply Commission (1992) qui énumère quatre conditions afin d’analyser si un contrat d’adhésion présente un niveau d’inquité tel (unconscionability) que la clause en question peut être inapplicable à l’adhérent.

«[I]n determining whether to enforce the terms of a contract of adhesion, courts have looked not only to the take-it-or-leave-it nature or the standardized form of the document but also to [(1)] the subject matter of the contract, [(2)] the parties’ relative bargaining positions, [(3)] the degree of economic compulsion motivating the “adhering” party, and [(4)] the public interests affected by the contract.»Rudbart v. North Jersey District Water Supply Commission, page 356, cité dans l’arrêt page 17.

En l’espèce, c’est assurément la quatrième qui retient l’attention:

«Rudbart’s fourth factor, the most important to the present analysis, considers “the public interests affected by the contract.” That factor requires us to determine whether the effect of the class-arbitration bar is to prevent plaintiff from pursuing her statutory consumer protection rights and thus to shield defendants from compliance with the laws of this State. Those “public interest” considerations ultimately determine whether we can permit enforcement of the provision in plaintiff’s contract that allegedly precludes any realistic challenge to the substance of her loan-contract’s terms.»

Citant une série de références jurisprudentielles, il est donc mentionné que

«In most cases that involve a small amount of damages, “rational” consumers may decline to pursue individual consumerfraud lawsuits because it may not be worth the time spent prosecuting the suit, even if competent counsel was willing to take the case.»

La cour suprême du New Jersey mentionne même, en citant d’autres sources, que «only a lunatic or a fanatic sues for $ 30».

L’estocade est portée enfin avec une référence à un article de doctrine de 2004 dans Law and Contemp. Prob. des auteurs Jean R. Sternlight et Elizabeth J. Jensen, selon lesquels:

«often consumers do not know that a potential defendant’s conduct is illegal. When they are being charged an excessive interest rate or a penalty for check bouncing, for example, few know or even sense that their rights are being violated. Nor, given the relatively small amounts at stake, would most consumers find it worthwhile to seek legal advice to determine whether this is the case.»

C’est donc sur un critère très particulier que ces juges américains rendent inapplicables la clause en question, critère dont la réalisation n’est sans doute pas existante au Québec où le recours au Tribunal des petites créances permet au consommateur d’agir en dépit d’un enjeu de faible importance.

Les juges militent enfin sur la mise en place des recours collectifs devant les arbitres (Class Arbitration) et prétendent, ce qui est assurément une différence de culture d’avec le droit canadien (page 27) que:

«In our view, New Jersey’s public policy favoring arbitration is not determinative of whether a specific class arbitration waiver is unenforceable. Nothing in the arbitration process requires that claims be brought only by individuals.»

Retweet information »

Comments

  1. Quite remarkable that the public interest in the contract doctrine surfaces here when public policy and ordre publique seem to be diminishing in importance in private international law.
    Strikes me that this gives the courts a very broad canvass on which to rewrite contracts.