Du Déclin Des Bibliothèques en Entreprise

Quand les fonds d’investissement (et les fonds de pension) deviennent les actionnaires majoritaires de corporations, on voit rapidement l’orientation de l’entreprise être modifiée. Ce qui compte ultimement c’est le résultat net (“bottom line“), l’augmentation de la valeur par action. Nous connaissons tous les méthodes utilisées pour arriver à cette dernière. Par contre, la plus créative à ce jour aura été celle de mettre la clé dans la porte des bibliothèques corporatives.

Évidemment, la raison susmentionnée est simpliste et semble plutôt gaugauche. À mon sens, beaucoup d’autres motifs justifient ces coupures. En effet, les bibliothèques corporatives se sont généralement bâties à une autre époque. À cette époque où, hormis le bouche-à-oreille, la seule ressource informationnelle était le livre. Ainsi, dans bien des domaines, la formation continue se retrouvait dans les rayons de bibliothèques. Le livre était l’investissement de la compagnie dans la connaissance et le perfectionnement de ses employés. D’ailleurs, jusqu’à recemment, certaines bibliothèques d’entreprises n’avaient rien à envier à leurs consoeurs publics, scolaires ou professionnelles.

Désormais, quelle est l’utilité d’une bibliothèque pour une entreprise? Question polémique s’il en est une dans un forum comme Slaw! Sans être émotif ou nostalgique, avec le plus grand pragmatisme, je dois dire minime.

D’abord, les gestionnaires à la recherche de coupures d’employés “non-rentables” (lire: qui ne rapportent pas un sous directement), ont vite fait de recenser les bibliothécaires! Non seulement ne rapportent-ils pas un rond mais, pire encore, ils dépensent sans vergogne en achats, abonnements, renouvellements, etc. Dans bien des cas, ces folles dépenses ont été éliminées en même temps que sa source. Pourtant, personne n’a jamais avisé le bibliothécaire que, comme son outil de travail, il devrait se recycler…

Oye! Oye! bibliothécaires corporatifs: connaissant la durée de vie du papier, si les livres dont vous avez la charge commencent à se décomposer, c’est un signe des temps et vous devriez peut-être penser à vous convertir à l’âge virtuel. Ce qui explique en grande partie le déclin de la bibliothéconomie en entreprise me semble lié, d’une part, au phénomène de la déresponsabilisation sociale des entreprises, incluant la sous-traitance, et d’autre part, l’avènement des technologies de l’information.

Pourquoi les entreprises investiraient-elles des sommes faramineuses en bouquins si les contribuables paient déja pour la constitution et l’entretien de bibliothèques municipales et scolaires? Après tout, ce sont les individus, comme citoyen et non comme employés, qui doivent apprendre et se spécialiser s’ils veulent avoir la chance de travailler: un peu à l’image de l’enseignement!

Par ailleurs, en reposant le question précédente, je répondrais plutôt que cet investissement est d’autant plus inutile qu’à l’heure de la sous-traitance, ce sont les sous-traitants qui doivent offrir le service de bibliothèque. Dans le domaine du droit à tout le moins, les entreprises s’attendent à ce que les cabinets externes avec lesquels elles font affaires aient une bibliothèque digne de ce nom. Ainsi, puisque les appels d’offre sont à la mode dans le milieu juridique, bon nombre d’entreprise exigent de leurs cabinets externes une mise à nue complète en terme de bibliothéconomie.

Davantage, comme avocats de contentieux, nous nous attendons non seulement à avoir accès aux bibliothèques et services de support de nos fournisseurs mais, carrément, à leurs banques de données. Nous voulons des extranets à partir desquels nous pourrons accéder les banques de précédents et de mémos; pas des extranets avec nos factures!! ;-)

Ceci m’amène à la seconde (ou quatrième), mais principale, raison du déclin des bibliothèques d’entreprises. L’avènement des technologies de l’information a sans contredit été le coup de mort de la bibliothéconomie classique. Celles-ci permettent maintenant aux entreprises d’aller chercher l’information dont elles ont besoin à la pièce plutôt que d’avoir à maintenir nombre d’abonnements à des publications qui ne sont consultées qu’une fois l’an, et encore, par une seule personne… Outre l’aspect purement estéthique, à quoi bon avoir une copie papier des DLR par exemple? Je préfère nettement accéder la jurisprudence en ligne afin de la sauvegarder dans notre banque de données. Ceci me permettra de lire et souligner à même l’odinateur, de transporter l’équivalent de bottins de jurisprudence et de doctrine dans mon portable et finalement, de remettre un CD d’autorités au juge et à mon confrère plutôt que ces satanées briques boudinées de photocopies mal faites!!

L’aspect technologique de la pratique du litige (en entreprise) étant un de mes dadas, je m’arrête ici pour cette seconde raison du déclin des bibliothèques d’entreprise et concluerai simplement en ces termes: Heureusement que, pour l’instant, les cabinets d’avocats ne sont pas des entreprises comme les autres…

Comments

  1. Les idiots ne sont pas seulement dans les affaires. Le gouvernement est également capable de la sottise. Les bleus dans Ontario (régime de Harris) ont pris une décision pour clôturer le ministère de la bibliothèque de travail. On voit l’histoire à la page 42, l’apostille 2 du http://www.ilo.org/public/french/dialogue/ifpdial/downloads/ontario.pdf. Ce jour de travail, nous déplorons comment difficile elle doit maintenant faire la recherche dans la loi du travail au niveau comparatif à Toronto