Portée Académique D’un Blogue

La question m’a été récemment posée par un collègue : un blogue, pour un professeur, à quoi cela sert ? Cela me permet aussi de faire un lien avec un tout récent billet d’un de mes non-juristes favoris, Bruce Schneier, spécialiste en sécurité, s’intitulant « Bloggers on Blogging ».

Et bien, il me semble que l’intérêt premier, en ce qui me concerne, et de très loin, est académique. Académique quoiqu’un tantinet iconoclaste d’avec la forme traditionnelle d’enseignement. Surtout dans mes cours de maîtrise, il est parfois difficile d’inciter les étudiants à faire leurs lectures à chaque semaine ; il est également difficile de leur demander de se tenir au courant de l’actualité pourtant bouillonnante qui existe en droit des affaires électroniques. Or, en intégrant mon blogue dans l’évaluation des cours, le tour est joué. Ils doivent d’abord écrire 2 à 3 billets par session, selon les cours, comptant pour 10 à 15% de l’évaluation finale, et ce, sur un sujet d’actualité. Or les billets, c’est comme le poisson, moins c’est frais et moins c’est bon. Pour se tenir au courant de cette actualité, ils n’ont pas le choix que de chercher la perle rare ; la jurisprudence qui vient de tomber ; la doctrine qui se prononce ; le projet de loi qui se présente, … Ils ont donc intérêt à monter leur propres fils rss afin d’être aux aguets de la « nouvelle » avant les autres. Dans le futur, je devrai d’ailleurs, comme on évalue classiquement une bibliographie, leurs demander de me « livrer » leur liste de fils rss.

Ils doivent aussi commenter mes propres billets, ou ceux des étudiants que je décide de publier sur le blogue, en prolongant le débat. Ainsi, de la traditionnelle note de participation que j’ai toujours utilisée dans mes évaluations, pour un autre 10 à 15%, se joint l’évaluation quantitative et surtout qualitative des commentaires qu’ils se doivent de publier.

« Publier » : le mot est lancé. Dans ce lancement dans l’inconnu que constitua cette sollicitation des étudiants à participer dans ce lieu public que constitue un blogue, je fus assez stupéfait par la qualité tant des billets offerts à évaluation que des commentaires. Dans le premier cas, l’incitatif de publier les meilleurs billets ne semble pas totalement vide de sens pour les étudiants qui apprécient, je crois, l’expérience et la reconnaissance des meilleurs d’entre eux. Pour les commentaires, le fait qu’ils puissent être lus par tous incite sans aucun doute à plus de peaufinage.

Outre cet élément de distinction formel (évaluation publique versus évaluation privée), il y a également, je crois, une réelle différence substantielle entre écrire « papier » et écrire « blogue ». Deux façons d’écrire qui ne requièrent pas les mêmes habilités.

Écrire « blogue » c’est d’abord et avant tout, faire des liens vers l’ailleurs. Bruce Schneier évoque à ce propos ce qui suit :

« Blogging means thinking in terms of hypertext : quoting and linking. In some ways I think it’s sloppier, because I can always quote from the original material instead of summarizing it. In the original days of Crypto-Gram, before I started my blog, I would include a list of links at the end of entries. I like being able to embed those links directly into the text. When I convert those blog postings for Crypto-Gram, I move all the links to the bottom. It’s interesting to work in both a text-based and HTML-based medium at the same time. »

Écrire « papier » est souvent assujetti à une analyse plus … stable, plus «e»ncrée dans une analyse visant à une certaine exhaustivité.

Enseigner le droit n’a guère évolué depuis des lustres ; l’intégration de ces technologies participatives m’apparaît, quoiqu’encore balbutiantes, fort salutaire. Encore faut-il que j’alimente moi-même ce lieu de contact avec les étudiants.

Le présent billet a préalablement été publié sur le site de la Chaire UDM en droit de la sécurité et des affaires électroniques.

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