Vision Économique du Vol D’identité

J’en ai déjà fait mention dans de précédents billets, le vol d’identité cultive frissons et peurs, et ce, comme tout récemment ce papier repris dans La Presse se faisant l’écho d’une étude de Gartner où une hausse vertigineuse du vol d’identité par Internet aurait été ressentie en 2006.

Ce type de discours ne m’intéresse pas. Quoi que! Car en allant sur le site de Gartner, nenni. Rien ne réfère à cette étude faisant état du catastrophisme de la situation, si ce n’est un papier du 27 février, de «4 pages» coûtant 95$ s’intitulant «The Truth Behind Identity Theft Numbers» et dont le résumé dit ceci:

«Identity theft fraud climbed more than 50% since 2003. About 15 million Americans were victimized in the 12 months ending August 2006, according to a Gartner survey. Average losses per victim more than doubled in most fraud categories, while amounts refunded dropped 26%, when compared with 2005.»

Je dois avouer ne pas l’avoir achetée et donc lue. Personnellement, je me souviens de certaines études de Gartner qui en 2000 prévoyaient des hausses faramineuses du commerce électronique. On connaît la suite.

Outre le fait que ces données sont en contradiction flagrante avec de précédentes études, sur la même période, je préfère en ce qui me concerne mentionner un papier pas mal plus intéressant, original, traitant du vol d’identité selon une approche économique.

Ce papier paru dans le New York Times d’hier 11 mars (mais je l’ai trouvé grâce au blogue de l’avocat David T. S. Fraser, que, tout comme Simon Fodden dans le précédent billet, je consulte régulièrement), tend également à minimiser l’importance de la question. Cet article de Stephen J. Dubner et Steven D. Levitt, s’intitulant «Identity Crisis» mentionne notamment, outre la stagnation du vol d’identité, qui aurait déjà vécu son pic se basant sur une étude de Javelin Strategy and Research que nous citions dans un précédent billet, que la situation évolue peu car elle n’intéresse que peu de monde:

la police?: un peu mais pas trop. En l’occurrence le FBI ne s’occupe généralement que des affaires de plus de 100 000 $.

-* les banques?: un peu mais… avec modération.

«Sgt. Robert Berardi, who runs the Los Angeles County Sheriff Department’s ID Theft Task Force, has found otherwise. “The banks are in conflict between security and making a profit,” he says. In an industry that is reluctant to add even an ounce of friction to a customer’s purchase, Berardi says identity theft is seen as simply the cost of doing business. Indeed, a recent report by TowerGroup, a research firm owned by MasterCard Worldwide, noted that “banks are not yet ready to dedicate resources to solving any ID theft problem.”»

-* le droit?: s’il y a quelques textes généraux sur la fraude dans le Code criminel notamment, et des obligations de sécurité dans d’autres lois, ce crime reste, selon ces auteurs, rarement puni. D’ailleurs des solutions toutes simples (comme celles déjà émises sous l’égide du bureau de la consommation d’Industrie Canada) seraient relativement faciles à mettre en place, mais rien, rien ne bouge.

«Still, for those so inclined, identity theft remains an extraordinarily appealing crime. In his new book, “Stealing Your Life,” the reformed fraudster Frank Abagnale calls identity theft an “elementary” crime with “enormous” upside and a “minuscule” chance of being caught.»

-* nous, les victimes?: pas vraiment.

«But according to the Javelin data, people probably worry way too much about identity theft. Seventy-three percent of victims incur no out-of-pocket expenses whatsoever; the unlucky minority loses, on average, $2,000 — hardly chump change but far less than the scare stories would have us believe. And in more than half the cases of identity theft, the thief is not a stranger at all but rather a relative, friend or co-worker.»

La responsabilité est dans la plupart des cas sur les entreprises, comme souvent en matière de carte de crédit, que ce soit selon la loi ou les contrats qui en découlent. Entreprises qui bien sûr répercutent les frais encourus sur leurs prix de vente.

En tous les cas, une vision autre…

Le présent billet a également été publié sur le site de la Chaire en droit de la sécurité et des affaires électroniques.

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